Abécédaire de la ZAD de NDDL, 4 novembre 2016

« Regardez comme on est soucieux de justice ! Voyez comme on joue bien à la démocratie ! On va demander l'avis de la population ! » C'est ce que claironnaient ceux qui avaient déjà torpillé l'avis des Français lors du référendum de 2005 sur le projet de constitution européenne. Pourtant, cette fois ils exigent que l'opinion qui s'est exprimée soit respectée... surtout parce qu'elle est favorable au nouvel aéroport. La démocratie ça va et ça vient : lors du Grenelle de l'environnement Sarkozy avait lancé « Ce que vous déciderez, je le ferai ! » mais quelques années plus tard il grondait « l'écologie ça suffit ! ». Avant le référendum de NDDL, Hollande avait promis d'en respecter le résultat et voilà qu'il veut tenir parole... tout en se disant défavorable au projet que les votants ont pourtant approuvé ! On pourrait en conclure que c'est un homme qui a de la hauteur, capable de vouloir avant tout l'intérêt général. Mais alors pourquoi ces sondages préparatoires au référendum, qui ont permis de délimiter le périmètre des votants à la seule Loire Atlantique, favorable au projet ? Un peu plus près de l'aéroport, le Non l'emportait, et pareil sur la France entière : la politique des puissants c'est aussi l'art de bien viser, de pratiquer des frappes ciblées. A quoi le président suicidaire ajoute l'art de se faire mal.

Ce « référendum consultatif » rappelle aussi que, dans nos démocraties usurpées, la décision dépend de l'expression des opinions, comme il arrive avec le référendum ou avec les élections. Mais que diraient les opinions sans les propagandes qu'elles reflètent ? Qui peut prétendre que l'opinion se confond avec ce que serait l'avis, éclairé par tous les éléments d'un dossier ? Ainsi référendum ou élection sont largement entachés par les mises en condition des communicants, mais ces deux procédures diffèrent en plusieurs aspects. Le candidat qui obtiendra la majorité des voix sera réellement élu tandis que le résultat du référendum n'est qu'une indication pour les décideurs. Par ailleurs, il existe une différence importante entre choisir un projet et élire un représentant chargé de décider du projet : le choix direct du projet par un référendum exige davantage de rigueur car, en court-circuitant tout ce qui peut moduler la décision d'un élu (informations réservées, humeur, mouvements de l'intestin...), il suppose la connaissance objective et absolue du dossier chez tous les votants, ce qui est toujours impossible, surtout si des pièces manquent au tableau comme pour NDDL. C'est peut-être ce qui réduit le référendum à une fonction « consultative ». Mais alors, de qui se moque le pouvoir en décrétant solennellement qu'il recourt à une procédure déterminante, tout en n'y donnant accès qu'à des électeurs autorisés, en les privant de la totalité des informations et en s'autorisant à négliger leur avis ?

Elisons ou réfèrendons, c'est selon...Selon la façon du piège à cons... Mais, si ce que l'on recherche est le bien commun, c'est à dire la solution la plus proche de l'intérêt de la majorité des humains (personnes locales et distantes, personnes existantes et à venir), il faut une méthode capable de repousser les intérêts minoritaires des particuliers ou des lobbies, une méthode capable de donner préalablement des informations complètes et contradictoires à tous ceux qui vont émettre un choix, une méthode capable aussi de suspendre la soif de gagner et dominer au profit de la volonté bienveillante de comprendre et d'aider les autres. Cette méthode existe, c'est celle des conventions de citoyens proposées par Science Citoyennes. On comprend que le pouvoir en ait repoussé l'éventualité puisque cela conduit généralement à la proposition la plus intelligente et la plus respectueuse des gens comme de l'environnement.

Charmes du référendum ! Misère de la pseudo démocratie ! Il faudra en tirer les leçons pour se donner les moyens d'un agir collectif contre d'autres Grands Travaux Inutiles et Imposés !