http://bioconsomacteursprovence.com/consommateurspascobayes/images/pdf/OGM-TRANSPARENCE-JACQUES-TESTART.pdf, juin 2015.
OGM : incohérence et manipulations

Au moment même où l’OMS reconnaît le caractère « possiblement cancérigène » du désherbant Roundup, la Commission européenne vient d’en favoriser la diffusion en décidant que l’importation des OGM, qui sont de grands consommateurs de ce poison, dépendrait désormais des décisions de chaque pays plutôt que de Bruxelles. Cette apparente liberté octroyée par les eurocrates devrait permettre en réalité de semer le doute par des divergences prévisibles entre pays européens tout en augmentant les risques de contamination grâce à la libre circulation des produits agricoles au sein de l’Europe. De plus, les recours de la société contre la culture ou l’importation d’OGM deviendront impossibles puisque les arguments portant sur la santé et l’environnement sont délibérément interdits ! Aussi est-il cohérent que la même Commission donne simultanément un feu vert à l’importation de 17 nouveaux OGM alimentaires, histoire de relancer la machine qui veut imposer aux consommateurs des aliments suspects ou toxiques, alors que ceux-ci n’apportent aucun avantage et qu’ils contribuent à la ruine des paysans et de la nature. Les lobbies de l’agro-industrie ont mis des années avant de découvrir cette ruse stratégique qu’ils s’emploient à soutenir activement. D’où la recrudescence des offensives parlementaires contre les Faucheurs volontaires et celle des propagandes débiles sur internet pour vanter des propriétés de plantes transgéniques inexistantes, les mêmes depuis 20 ans (nourrir la planète, cultiver en terrains désertiques ou salés,…), tout en minorant leurs effets indésirables et en négligeant les capacités de l’agro écologie pour satisfaire les besoins alimentaires mondiaux sans nuisances.

Il faudrait trancher un vieux dilemme : les citoyens adultes des pays industrialisés sont-ils reconnus compétents pour choisir ce qu’ils mangent ou bien doivent-ils faire confiance à des experts qui décideraient pour leur bien ? La seconde proposition s’applique à la plupart des objets consommés, lesquels sont soumis à des contrôles, depuis la sécurité d’un véhicule jusqu’à la solidité des constructions en passant par la loyauté des produits. Alors, concernant l’alimentation, à quoi sert d’avoir des scientifiques qui expertisent, des technocrates qui décident et des élus qui exécutent si le consommateur doit remplir tous ces rôles au quotidien ? C’est que les experts sont rarement indépendants (les dysfonctionnements scandaleux de l’agence européenne de sécurité alimentaire, EFSA, sont démontrés), et que les technocrates comme les élus échappent difficilement aux charmes de l’agro industrie et de ses innombrables lobbyistes. Il ne suffit pas de jeter aux orties les travaux scientifiques qui gênent, comme ceux de GE Seralini, encore faudrait-il vérifier leurs résultats plutôt que proclamer toujours les mêmes assertions issues d’expériences non pertinentes, en particulier toujours trop brèves pour qu’un effet toxique devienne perceptible chez des animaux nourris avec des OGM. En l’absence d’expertise honnête et fiable, le consommateur ne peut que se référer à son bon sens ou aux contre expertises de scientifiques souvent liés à la société civile. Mais c’est justement cette voie que l’absence d’étiquetage transforme en impasse, alors que le droit à la transparence est reconnu par les instances européennes. D’autres façons d’informer les citoyens sur les risques et avantages de leurs consommations pourraient être adoptées. La fondation Sciences Citoyennes (FSC, http://sciencescitoyennes.org) a proposé une réforme de fond avec la création d’une Haute Autorité de l’alerte et de l’expertise, sorte de comité d’éthique établissant une méthodologie de l’expertise et en contrôlant les applications. De même, la FSC a défini une procédure pour une expertise citoyenne mettant en action des personnes dépourvues d’intérêts particuliers (tirées au sort), abritées des lobbies (anonymes jusqu’au rendu de leur avis), complètement informées (à partir d’expertises contradictoires), bénévoles et sans statut durable (remplacés pour chaque décision), et représentant la diversité socio-économique, toutes conditions qui contrecarrent les perversions actuelles. De telles Conventions de citoyens produiraient des avis conformes au bien commun et donc capables d’emporter la décision législative mais aussi la conviction de tous les consommateurs parce qu’ils sont établis par des personnes qui leur ressemblent. Tant que ces procédures n’ont pas de base juridique, l’interprétation d’un éventuel étiquetage (j’achète ou pas ?) demeurera soumise à la propagande et à l’intuition autant qu’aux savoirs réels. Mais il est intolérable que les carences actuelles de l’expertise soient cumulées avec l’interdiction de connaître précisément l’origine des produits alimentaires.

Consommer est aussi un acte politique. Quelle que soit la qualité du produit final, le consommateur peut l’accepter ou le refuser selon ses convictions, par exemple selon son avis sur les conditions d’élevage des animaux et sur les nuisances provoquées au bout du monde par la culture des OGM. Il en va ainsi, par exemple, pour le bois dont la certification permet à l’acheteur de ne pas contribuer à la dramatique déforestation de la planète. Mais les choix responsables ne sont possibles que si une information claire et complète accompagne chaque produit de consommation, ce qui est loin d’être le cas pour la filière OGM.

C’est pourquoi je soutiens l’initiative de Consommateurs pas cobayes ! pour exiger l’interdiction du Round up et l’étiquetage de tout aliment issu de cultures d’OGM ou provenant d’animaux nourris avec des OGM.