Par JACQUES TESTART, ANDRÉ CICOLELLA ET CHRISTIAN VÉLOT, ADMINISTRATEURS DE LA FONDATION SCIENCES CITOYENNES*

Les Dernières Nouvelles d’Alsace, 9 février 2011.

L’actualité apporte son lot régulier de scandales sanitaires, dont le Mediator est le plus célèbre. Ces affaires montrent l’importance du rôle des lanceurs d’alerte mais la réponse des autorités à ces alertes est généralement d’en contester la validité.




«Il ne faut pas gérer selon le principe d’émotion», entend-on dire. C’est seulement quand l’alerte bénéficie d’un impact médiatique que les autorités se décident à réagir. Mais alors les dégâts peuvent déjà être considérables. Ce qui expose les populations à de nouveaux drames tant que le système d’expertise ne sera pas réformé, c’est le conflit d’intérêt permanent dans les instances chargées d’éclairer les pouvoirs publics (…). Dans la désastreuse campagne de vaccination contre le virus H1N1, les experts liés à l’industrie pharmaceutique étaient dominants au sein du groupe d’expertise stratégique de l’Organisation mondiale de la santé ou dans le Comité de lutte contre la grippe chargé de conseiller la ministre française de la Santé. (…) Le conflit d’intérêt ne peut être dépassé que par la transparence et la systématisation des expertises contradictoires. Le principe d’une instance pour la garantie de l’expertise a bien été voté dans le cadre de la loi Grenelle, mais on attend toujours le rapport de faisabilité qui devait être rendu un an après. Le principe de précaution est un principe constitutionnel Sous pression du scandale du Mediator, le ministre de la Santé vient de relancer cette perspective et nous espérons que cette fois cela ira au-delà des déclarations. Il faut instituer au plus vite une Haute Autorité en charge de la déontologie des expertises, dont elle établirait les règles et les ferait respecter. Outre la vigilance en amont, cette commission devrait aussi gérer les alertes sanitaires ou environnementales lancées par des personnes particulièrement vigilantes ou informées. Se saisir de chaque alerte pour en évaluer la pertinence constituerait une mesure de précaution précieuse. Apporter une protection légitime aux lanceurs d’alerte serait un encouragement à la vigilance des citoyens. Ces mesures, contenues dans une proposition de loi de la Fondation sciences citoyennes**, contribueraient à la mise en œuvre du principe de précaution dont bon nombre de gouvernants ou de responsables économiques refusent encore de comprendre qu’il est devenu un principe constitutionnel.

J.T., A.C. ET C.V.

  • La FSC vient de publier Labo planète ou comment 2030 se prépare sans les citoyens, essai coordonné par Jacques Testart, Agnès Sinaï et Catherine Bourgain, Éditions Mille et Une Nuits, 176 pages, 10 euros.