La Décroissance, février 2011

Il y a 6 ans, Jacques Benveniste décédait, épuisé par des années de combat contre l’obscurantisme de ses collègues scientistes. La « mémoire de l’eau » c’est une image forte pour exprimer que la matière peut interagir avec le monde d’aujourd’hui et celui de demain, même quand elle n’existe plus. Quand Benveniste a prétendu pouvoir transmettre l’effet d’une molécule en faisant agir de l’eau débarrassée de cette molécule après en avoir été imprégnée, l’indignation du « monde savant » fut quasi générale. On était, en effet, dans des schémas de fonctionnement du vivant qui exigeaient que toute action biologique passe par l’interaction entre une molécule et son récepteur. Plus de molécule, plus d’action, élémentaire mon cher Watson ! Postulat ressassé aussi par le tribunal inquisitorial envoyé par la revue britannique Nature (1988). Cette équipe (qui comportait un illusionniste et un spécialiste des fraudes…) fut dans l’incapacité d’invalider les travaux mais son rapport défavorable conduisit l’institution scientifique (inserm) à priver J Benveniste de son laboratoire en 1995. Une possible « mémoire de l’eau » soutient l’idée qu’on pourrait soigner avec des solutions diluées jusqu’à être privées de la substance active, cautionnant ainsi l’homéopathie, bête noire de la médecine moléculaire… et de l’industrie pharmaceutique.

Jacques Benveniste dirigeait le laboratoire voisin du mien et j’ai partagé l’enthousiasme de ce chercheur hors norme, participant à des « manips » incroyables ou inaugurant des modèles expérimentaux dans mon propre domaine de recherche. Surtout, j’ai tenté de le soutenir en témoignant partout de la rationalité de ses travaux ce qui me valut des critiques violentes de chercheurs qui n’ont jamais rien trouvé ou de journalistes qui n’ont pas compris que la science est une éternelle remise en cause.Mais nous étions trop peu nombreux à défendre l’ami Jacques pour qu’il obtienne les moyens de démontrer sa révolution conceptuelle. Les crédits de recherche vont surtout à la médiocrité rassurante et compétitive…



Pourquoi évoquer la mémoire de l’eau et donc celle de Jacques Benveniste aujourd’hui ? C’est qu’un prix Nobel (Luc Montagnier) arrive en défense du génial biologiste en le comparant à Galilée, ce qui rappelle la réflexion d’un autre prix Nobel. Celui-ci, Georges Charpak, refusa de reconnaître les résultats d’expériences menées avec lui en déclarant: « On m’a trompé ! Parce que si c’était vrai ce serait la plus grande découverte depuis Newton… ». Où on voit que la science a besoin d’un corset étroit pour se sentir à l’aise et que les théories dominantes ne le demeurent longtemps que grâce à la servilité des chercheurs contemporains.

Chapeau monsieur Montagnier pour cette rare audace! Mais prenez garde ! L’impunité (Nobel oblige ?) que vous accorde encore tous ces scientistes, médiocres, académiciens… qui ont tué Jacques pourrait vous être supprimée si vos démonstrations demeurent contournables et je suis sûr que certains aiguisent leurs couteaux en silence…. Mon expérience m’a appris que pour être crédible en ce domaine il faudrait que « ça marche » à tous les coups alors que les modèles sont vivants, donc aléatoires, et qu’on bricole des protocoles tellement révolutionnaires que leurs conditions optimales sont bien difficiles à définir… Ce que la science du jour accepte d’incertitudes ou d’échecs pour la thérapie génique ou la lutte anti-cancer, elle continuera de le refuser avec violence s’il s’agit de reconnaître un mode de pensée (un « nouveau paradigme ») qui la remettrait en cause…