La Décroissance, octobre 2008

Le député UMP François Grosdidier justifie sa position critique sur les OGM en déclarant : « Je tiens tout d’abord à préciser que je ne suis pas un partisan de la décroissance. Bien au contraire, je suis partisan du progrès scientifique et de tout ce qu’il peut apporter à l’humanité »… Puis le député se réfère à Gilles-Eric Séralini « qui n’est pas motivé par une opinion politique prédéterminée… » ou Corinne Lepage, « qui n’est pas une gauchiste révolutionnaire. Voilà des gens qui n’ont pas de raisons idéologiques de s’opposer aux OGM et dont l’approche ne résulte pas d’un engagement idéologique altermondialiste.. ». Il faut saluer le courage de ce député , en rupture avec son groupe politique, mais ses arguments défensifs méritent examen. Il en ressort que « l’idéologie » consisterait à refuser le néo-libéralisme, qui est justement l’idéologie du marché et de la compétition… et que sa version la plus pervertie serait l’altermondialisme, lequel se bat pour la défense et le partage des biens communs à toute l’humanité !

Il faut prendre plus au sérieux l’opposition supposée entre décroissance et progrès scientifique parce que c’est une vision partagée par nombre d’objecteurs de croissance mais qui entraîne une condamnation globale , genre « vous voulez le retour à la bougie !»… Ce n’est pas parce que l’économie capitaliste a besoin du progrès technologique pour développer sans cesse de nouvelles marchandises, même inutiles ou dangereuses, qu’une société libérée des servitudes productivistes devrait mépriser la science. D’abord parce que la connaissance scientifique est partie prenante de la culture et que les cerveaux pourraient enfin devenir disponibles à autre chose que la pub pour Coca-cola… Mais aussi parce que la rareté des ressources, la volonté de partage et le souci de la préservation obligeront à approfondir les connaissances pour inventer et diffuser les technologies nécessaires à une bonne gestion de la planète sans frustrations inutiles des humains. Par exemple il ne faut pas confondre l’agro-écologie avec l’agriculture de pépé, laquelle sera d’ailleurs mise à mal par les pénuries d’eau ou le réchauffement. Si les rotations de culture sont anciennes, des méthodes agricoles sobres et nouvelles deviennent disponibles(évitement du labour, permaculture, irrigation en goutte,…). Il importera plus que jamais de disposer en chaque terroir des variétés les mieux adaptées et de méthodes culturales économes mais efficaces. Bien sûr, les semences paysannes représentent un patrimoine très précieux mais des outils modernes (et pourquoi pas l’analyse génétique pour identifier les caractères utiles?) pourront servir des améliorations ciblées et décidées collectivement.

De même dans les autres secteurs d’activité comme la santé, la construction, les énergies renouvelables et même les transports, il faudra mettre l’appareil de recherche au service des besoins réels des populations plutôt que des profits immédiats. Et considérer enfin que tout travailleur, tout citoyen, est aussi potentiellement un chercheur, acteur de ce progrès responsable. Ma conclusion est toujours la même : ce qui manque le plus, et qu’il faut absolument définir et imposer sans recul possible, ce sont les outils pour la décision démocratique, dont les conventions de citoyens (voir site web de sciences citoyennes) constituent un bon exemple.