La Décroissance septembre 2007

Pour en finir avec le drame électoral, a t-on remarqué que le charisme de Sarko a peut-être aussi une base musicale? Ni-Co-Las / Sar-Ko-zy : I-O-A / A-O-I ont chanté pendant des mois les journalistes. Essayez avec les concurrents, ça ne fonctionne pas dans l’oreille… Il y avait bien Jo-Sé / Bo-Vé, mais trop court pour une ritournelle. Si Clémentine épousait monsieur Timanclé elle aurait sa chance en 2012! En attendant la vie est dans la rue.
Avec la période électorale s’est ouverte celle des vide-greniers… qui ne fermera qu’avec les gelées.On y trouve des objets conçus sans projet de revente : une boite de cireur ambulant avec ses brosses dures en poils de blaireau ; une roue en noyer sans axe, superbe et peut-être inutile depuis toujours ; un trompe l’œil montrant des oiseaux exotiques dans une cage mais sans cage et sans oiseaux ; une gerbe de fleurs sculptée dans le merisier d’un meuble; un coléoptère naturalisé, gros comme un mulot… On y trouve aussi des objets ayant vécu avant l’ère du plastique et du métal qui se tord : un sécateur à lames incorruptibles ; un tire-bouchon dont la pointe peut percer un doigt ; des cache-pots en grès ou en cuivre ; des meubles robustes et baroques ; une vaisselle de roi pourquoi pas accessible ; des ferrures forgées, d’un poids qui rassure ; un seau à charbon noir vernis avec encore l’étiquette du fabricant ; un renard sculpté dans la terre ocre ; une lessiveuse en zinc pour faire une jardinière… On y trouve encore des objets de consommation ne demandant qu’à travailler plus pour vivre plus : horribles jeux en plastique multicolore dont les enfants raffolent ; poteries marocaines à peine ébréchées ; plantes robustes poussées par une Portugaise dans des culs de bouteille en plastique ; disques à peine écoutés, livres encore à lire ; chemise tellement fleurie qu’on n’aurait pas osé l’acheter neuve…

Le vide-grenier n’a rien à voir avec le hard discount où sont proposées des saletés fabriquées pour être soldées, et mine les rituels clandestins de destruction des stocks afin de maintenir des prix artificiels. Il cousine avec le marché de meubles d’Emmaüs et le souk de fringues du tiers monde. Sa forme écolo-consommatrice est le ramassage périodique des encombrants citadins, tas hétéroclites où brocs et audacieux se régalent à l’oeil. Ses formes commerciales passent par l’anonymat d’internet ou les étals pros des marchés aux puces.
Le vide-grenier, quand il n’est pas brocante, est le lieu qui démontre le parasitisme de tous les intermédiaires, même si tel objet proposé ici à 6 euros était à 3 euros 15 minutes et 100 mètres avant… et qu’on pourra le revoir à 20 euros dans une prochaine brocante… Le vide-grenier habille les pauvres, et d’autres plus riches, mais sans déshabiller personne. Il fait durable sans pousser au développement ! Qu’on ne s’étonne pas qu’en ces lieux conviviaux où on joue à vendre et acheter, à découvrir et se débarrasser, l’ambiance soit plus chaleureuse qu’au supermarché ! Recycler les objets, vêtements, outils afin de les user jusqu’à la corde. Halte au gaspillage ! Vive la récup !