Je connais Christian Vélot depuis plus de douze ans. J'ai préfacé son premier ouvrage (OGM. Tout s'explique, 2009), j'ai partagé avec lui de nombreuses tribunes et je l'ai entrainé dans l'association Sciences Citoyennes où il occupe aujourd'hui d'importantes responsabilités.

Christian Vélot est de ces chercheurs trop rares qui refusent d'exonérer la paillasse du laboratoire de ses implications pour la vie des gens, ce qui signifie deux obligations. D'abord celle de s'assurer que son propre programme de recherche n'est pas susceptible de nuire au bien commun. Ensuite celle de faire bénéficier la population de son savoir acquis pour qu'elle puisse se saisir de problématiques nées des innovations et faire ses choix en toute connaissance de cause. Christian Vélot a su assumer ces responsabilités en se faisant vulgarisateur d'une part, et en orientant ses recherches vers la résolution de questions scientifiques nécessaire à l'évaluation des plantes transgéniques (PGM) et à leurs impacts sur les populations et l'environnement d'autre part. La première de ces activités l'a posé comme lanceur d'alerte : Christian dénonce inlassablement, et depuis le début, les risques inhérents à la dissémination des PGM et les intérêts privés qui veulent les imposer, actifs dans les laboratoires publics et privés, au sein des multinationales de l'agro-alimentaire et de la chimie, et finalement grâce à des lobbies puissamment organisés qui influencent sans vergogne les choix des instances de décision nationales, européennes et mondiales. Quant à son activité proprement scientifique, elle le pose en défenseur du principe de précaution puisqu'il explore avec la génétique moléculaire et sur un modèle expérimental (un champignon du sol) des effets discrets mais potentiellement graves qui pourraient résulter de la dissémination des PGM, effets qui auraient dû être recherchés avant toute dissémination. En particulier, les travaux de Christian Velot amènent à remettre en cause le principe « d'équivalence en substance » qui tend à réguler, par facilité, l'évaluation des PGM sans que la validité de ce principe n'ait reçu de démonstration.

On comprend qu'une telle personnalité soit devenue l'une des cibles préférées des partisans des PGM. L'article diffamatoire publié par un certain Anton Suwalki en juin 2014 s'intègre dans la stratégie des lobbies favorables aux PGM qui se démènent depuis deux décennies pour contredire toute parole critique. Ceux-là vantent des résultats inconsistants ou falsifiés qui montreraient les avantages et l'innocuité des produits qu'ils défendent, c'est à dire les PGM et leurs contreparties chimiques, ils usent de la stratégie du doute pour gagner du temps quand ces produits sont scientifiquement incriminés, et finalement ils tentent d'interdire toute opposition en déconsidérant les rares scientifiques qui osent s'opposer à leurs projets. L'une des basses pratiques à l'encontre de Christian Vélot a consisté à nuire à sa réputation, à le calomnier pour que son activité professionnelle soit entravée par la réduction drastique de ses moyens de recherche, à censurer sa page Wikipédia pour limiter son audience. Là est le fond de ce procès.

Qualifier Christian Vélot d' « obscurantiste » comme le fait A. Suwalki rappelle les procès en sorcellerie mais ici c'est l'apprenti sorcier, proche des puissants, qui dirige l'accusation. A ces fins, l'accusé oppose la parole de Christian Vélot à celle qui émanerait d'une « science normale ». Comment admettre sans plus d'interrogations la véracité du discours officiel quand les dés sont souvent pipés dès l'étape du laboratoire. Ce sont des chercheurs de l'INRA qui ont récemment montré (revue PLOS ONE,13 décembre 2016) que 40% de 672 publications scientifiques analysées, portant sur les PGM, présentent un conflit d'intérêt financier. Surtout, ces mêmes chercheurs révèlent que les résultats publiés sont plus souvent favorables aux industriels dans ces cas-là. Ainsi, la production scientifique n'est ni transparente ni impartiale (des qualités que beaucoup de nos concitoyens croient inhérentes à la recherche publique) dès lors que les sujets abordés ont une forte répercussion sociétale. Est-il obscurantiste de chercher à comprendre malgré les discours officiels ?

Prétendre que Christian Vélot est « ignorant en matière de plantes génétiquement modifiées, ou de problématique agricole » est ridicule autant qu'insultant. Non seulement Christian Vélot enseigne à l’Université la génétique moléculaire, et donc notamment les techniques de manipulation du vivant, qu’elles concernent des microorganismes, des cellules animales ou des plantes, techniques qu’il utilise d’ailleurs lui-même dans le cadre de ses activités de recherche. Mais surtout, son origine rurale, sa carrière scientifique et son goût de la chose paysanne font au contraire de cet enseignant-chercheur un avocat authentique et informé de la cause des gardiens des champs, ceux qui nourrissent l'humanité depuis 10000 ans et sont en mesure de continuer pourvu que leurs familles et leurs cultures ne soient pas progressivement empoisonnées. C'est pour défendre ces acquis et les développer que Christian Vélot déploie inlassablement son éloquence, ses compétences et son énergie et il est inadmissible de prétendre que « sa posture constante est typique des parasites ». Dans ce combat de David contre Goliath il n'est que des coups à recevoir, rien à gagner.

L'accusé écrit que « en 2005, déjà, Vélot expliquait l’inutilité des plantes génétiquement modifiées à vocation thérapeutique parce qu’on pouvait faire autrement … ».Effectivement, il s'agissait alors de faire fabriquer par des plants de tabac transgéniques des substances soulageant les enfants atteint de mucoviscidose, une production qui peut tout aussi bien être obtenue à partir de micro organismes transgéniques cultivés en fermenteurs. Donc, « on pouvait faire autrement » mais l'occasion était trop belle pour les lobbyistes d'afficher un caractère humanitaire à l'agenda des plantes transgéniques...Suwalki ose accuser Christian Vélot de « démagogie poujadiste » alors que la démagogie consistait, dans ce cas, à promettre des avancées médicales qui, par ailleurs, ne se sont jamais réalisées 12 années plus tard, y compris dans les nombreux pays où la vigilance contre les PGM est inexistante. Mais Suwalki retourne la charge de la preuve en énonçant, en 2014, que « neuf ans après on attend toujours la lipase gastrique promise par le fanfaron. » Le chercheur, qui n'est pas un fanfaron, n'a jamais prétendu qu'il modifierait son programme pour démontrer une évidence...

En critiquant la parole de Christian Vélot « le plein air, c'est le confinement zéro », le diffamateur ignore l'avis du jury convoqué par le Parlement en 1998 pour la première conférence de citoyens française, qui portait sur les OGM. Conscient de l'impossible confinement du vivant dès lors que l'expérience se déroule hors des murs du laboratoire, ce jury exigeait « que le champ du paysan ne devienne pas la paillasse des chercheurs ». Depuis bientôt 20 ans, les expérimentateurs de PGM rusent avec les lois et le bon sens pour faire croire que leurs manipulations seraient absolument inoffensives. Pourtant, insiste Suwalki « en alléguant une « erreur manifeste d’appréciation des risques inhérents à l’expérience », la Cour d’Appel s’est attribuée une compétence scientifique qu’elle n’a absolument pas »... « Qu’un juge puisse s’estimer au-dessus de la science pour apprécier les risques inhérents à une telle expérience, voilà une dérive bien inquiétante »... Tout ce qui résiste au projet industriel de s'approprier chaque plante modifiée et brevetée se trouve condamné par Anton Suwalki qui ose écrire que « pour Vélot, la spéculation vaut davantage que les faits ».

Ainsi la violence et la gratuité des propos tenus par Anton Suwalki sont à l’image de la pauvreté et des approximations techniques des arguments qu’il avance. Son seul but est de discréditer un des rares enseignants-chercheurs capables d’aborder le vaste sujet des OGM à la fois sous les aspects techniques et sociétaux, et avec une analyse critique, tant du point de vue du scientifique utilisateur de ces technologies que du citoyen soucieux de mettre la science au service du bien commun. J’affirme mon entière confiance dans la probité de Christian Velot et ne peut qu’attester de ses compétences.


Jacques Testart, biologiste de la procréation, Docteur ès sciences, Directeur honoraire de recherches à l'inserm
ancien président de la Commission française du développement durable
co-rapporteur du débat « des quatre sages » sur les OGM (2002)
auteur de nombreux articles et plusieurs ouvrages sur les plantes transgéniques